Introduction du Vice-amiral d'escadre Alain COLDEFY, Major général des armées
Monsieur le ministre,
Monsieur le secrétaire exécutif adjoint,
Monsieur l'ambassadeur,
Mesdames, messieurs
Comme l'a rappelé Mr l'ambassadeur JACQUEMOT, la France soutient
tous les efforts africains pour maintenir ou rétablir la paix
et la sécurité sur le continent africain. A cet effet,
le programme RECAMP constitue l'une des réponses
françaises au défi du maintien de la paix sur cette
partie du monde. Ce programme original et adapté aux besoins
et spécificités de l'Afrique repose, bien sûr,
sur l'action du ministère de la défense qui, en liaison
avec le ministère des affaires étrangères, a la
mission de le conduire ainsi que de proposer ses
évolutions.
C'est pourquoi aujourd'hui, après vous avoir d'abord
décrit le concept RECAMP et le rôle qu'y jouent les
armées françaises, je voudrais vous livrer quelques
pistes de réflexion liées à l'avenir du
programme.
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Le programme RECAMP s'inscrit parfaitement dans le but de l'appropriation par l'Afrique de ses problèmes de sécurité, et présente l'intérêt de faire travailler ensemble des dirigeants et décideurs tant civils que militaires, des officiers d'état-major et des contingents venus de toutes les régions d'Afrique. Le concept RECAMP a été conçu pour répondre à plusieurs nécessités.
D'une part, il répond à une préoccupation des pays africains qui, en cohérence avec les projets de l'Union Africaine, veulent assurer eux-mêmes la sécurité de leur continent. D'autre part, il permet aux puissances européennes, dont la France, voire à tout autre partenaire extérieur (par exemple le Japon), de sensibiliser les pays africains aux réponses possibles à apporter, et de promouvoir à cet effet des rapports de partenariat plutôt qu'une simple coopération de substitution.
Enfin, le concept s'applique de façon multilatérale, c'est-à-dire qu'il doit, pour atteindre réellement ses buts, avoir pour cibles non seulement les pays africains eux-mêmes, mais aussi et surtout les sous-régions qui les regroupent.
Le programme s'articule autour de trois volets qui couvrent les domaines de la coopération, de l'entraînement et de l'engagement.
Le premier de ces volets concerne la coopération :
Au niveau politique, et afin de proposer des initiatives et mesures appropriées aux objectifs politiques au sein de chaque région du continent, cette coopération doit contribuer à la mise en place, dans chacune des sous-régions, d'un outil de veille stratégique, d'alerte et de réflexion qui s'appuie sur les pays de la sous-région et leur organisation ou dispositif de concertation et de décision politique.
Au niveau politico-militaire, les outils de défense des sous-régions doivent être complétés par des structures de prévention et de gestion des conflits pour préparer et commander des opérations. Le programme RECAMP participe en conséquence à l'acquisition, par les sous-régions, de la capacité de mise en oeuvre de ces structures en cas de crises. Par ailleurs, pour permettre l'efficience de ces dispositifs, des formations sont assurées en France, au sein des instituts militaires français, comme l'IHEDN (le prochain forum de l'IHEDN sur le continent africain aura lieu à Paris du 9 juin au 18 juin prochain: chaque pays africain y envoie un auditeur civil de haut niveau et un auditeur militaire) ou le Collège Interarmées de Défense de Paris, ou dans les écoles d'état-major de Koulikoro (Mali) ou de Libreville (Gabon).
Au niveau purement militaire, la formation aux savoir-faire spécifiques du maintien de la paix est assurée en France, ou en Afrique au sein des écoles de maintien de la paix (école de maintien de la paix de Koulikoro au Mali, et Kofi Annan International Peacekeeping Training Centre d'Accra), voire par le biais de détachements d'instruction opérationnelle français (DIO). Les savoir-faire classiques nécessaires à la mise en oeuvre des actions de maintien de la paix sont acquis dans les écoles nationales à vocation régionale en Afrique et dans le cadre de la coopération bilatérale avec la France. Il reste bien sûr évident que, d'ores et déjà, nombre d'armées africaines maîtrisent bien ces techniques, et c'est particulièrement le cas au sein de la CEDEAO.
Le deuxième volet du programme RECAMP traite de l'entraînement :
L'entraînement s'organise en cycles de deux ans regroupent différentes composantes: un cycle majeur au profit d'une des organisations sous-régionales, des cycles intermédiaires dans les trois autres sous-régions, des exercices hors cycle.
Les cycles d'exercices majeurs ont pour objectif d'entraîner la totalité de la chaîne de commandement nécessaire au succès d'une mission de maintien de paix, en faisant effort sur le niveau stratégique et sur l'interopérabilité, Afin d'impliquer la sous-région bénéficiaire dès la conception, la planification de chaque cycle est .lancée par une conférence d'initialisation qui se déroule au sein des structures du siège de la sous-région. Prenons l'exemple de la CEDEAO et du cycle RECAMP IV. Cette conférence d'initialisation a eu lieu début juin 2003, à Abuja.
Le séminaire politico-militaire est le premier rendez-vous important de chaque cycle majeur et a pour but, dans le cadre d'un thème fictif mais réaliste, de rédiger une directive initiale de planification. La conférence stratégique, qui se déroulera du 8 au 11 juin à Abuja, a pour objectif de préparer le concept d'opération en cohérence avec la directive initiale de planification, élaborée à Accra ces jours prochains. Enfin, l'exercice « BENIN 2004 », suite logique de la directive initiale de planification (DIP) et du concept d'opération, se déroulera en décembre 2004 au Bénin, et constituera l'application opérationnelle de ce quatrième cycle majeur.
Par le passé, l'exercice « GUIDIMAKHA 98 »,
préparé et réalisé de 1996 à 1998,
a rassemblé au mois de février 1998, entre le
Sénégal, le Mali et la Mauritanie, près de 3000
soldats africains issus de ces trois pays mais aussi du Cap Vert, de
la Gambie, du Ghana, de la Guinée et de la
Guinée-Bissau, ainsi que plusieurs centaines de militaires non
africains.
L'exercice « GABON 2000 », préparé de 1998
à 2000, a été organisé en janvier 2000.
Huit pays de la sous-région ont fourni des forces, alors que
huit autres pays non africains y ont pris part.
L'exercice « T ANZANITE 2002 », préparé de
2000 à 2002, s'est déroulé en février
2002. Seize pays africains ont fourni des forces, et seize pays non
africains y ont pris part. Je tiens tout particulièrement
à souligner les volontés de progrès des pays
d'Afrique australe à cette occasion.
Ies cycles intermédiaires peuvent être réalisés, tous les deux ans, dans chaque sous-région où ne se déroule pas d'exercice majeur. L'organisation de ces cycles intermédiaires est assurée par les forces françaises pré-positionnées qui entretiennent ainsi un lien permanent avec les organisations sous-régionales et les pays de leur environnement. Ainsi, l'exercice « NICUSY 2004 », auparavant intitulé « OPEN CORRIDOR 2004 », est prévu du 1er au 11 juin 2004. Organisé par les Forces armées de la zone sud de l'Océan indien et les autorités militaires mozambicaines, il doit se réaliser à Nacala au Mozambique. Cet exercice prévoit de rassembler près de 11 pays de l'Afrique australe, avec une participation marquée du Portugal et de la France.
Les exercices hors cycle permettent aussi de répondre à des initiatives venues d'un ou plusieurs pays africains, voire de pays non africains (Portugal, Grande-Bretagne, Etats-Unis, etc.). Ainsi, le Gabon a-t-il conduit l'exercice BIYONGHO 2003.
Le troisième volet du programme RECAMP traite de l'engagement :
Lorsqu'une crise menace la paix et la stabilité sur le continent, une force africaine de maintien de la paix peut être engagée dans un cadre juridique précis sous commandement, soit des Nations Unies, soit d'une organisation sous-régionale ou soit d'une coalition de circonstances. Le programme RECAMP offre alors ses capacités pour soutenir cette opération, dans la mesure des possibilités des pays contributeurs.
La constitution de la force bénéficie ainsi de
l'appui du programme RECAMP. Il s'agit d'apporter une expertise pour
la génération de force, et éventuellement de
compléter les équipements déjà
détenus par les armées africaines contributrices. Ces
compléments proviennent des parcs RECAMP stockés au
sein des forces françaises de Djibouti, des forces
françaises du Cap Vert, et des troupes françaises du
Gabon, voire de France directement.
La France a, par exemple, équipé pour partie les
contingents de l'ex-Mission de la CEDEAO en Côte d'Ivoire
(MICECI), aujourd'hui regroupés au sein de l'Opérations
des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), ainsi que le
contingent sénégalais de la Mission des Nations Unies
en RDC et ceux de la Force de la CEMAC en RCA, la FOMUC. Dans le
cadre de RECAMP, la France est en mesure d'appuyer la coordination et
la planification des mouvements de projection de cette force, qu'ils
soient terrestres, maritimes ou aériens.
Enfin, la mise en condition opérationnelle de la force est
assurée par des détachements d'instruction
opérationnelle, mis en oeuvre par la France (DIO
réalisés au profit des détachements
sénégalais et nigériens de l'ex-MICECI ; des
détachement sénégalais de la MONUC en RDC ; de
contingents de l'Ethiopie et du Mozambique engagés au sein de
la Mission interafricaine au Burundi). D'autres Etats volontaires
peuvent apporter leur contribution à la montée en
puissance des états-majors ou des unités avant leur
engagement. Ce fut le cas de la Belgique et de la Grande-Bretagne
pour certains éléments de la MICECI.
L'appui à la mission se traduit par un soutien au niveau diplomatique, pour faciliter le dialogue entre les parties ou assister la structure politico-militaire de la sous-région concernée. Au plan militaire, il s'agit d'apporter une expertise, notamment dans le domaine de l'échange d'informations ou de la planification.
Le programme RECAMP permet également de renforcer la force déployée, en insérant des experts dans les structures de commandement ou en mettant en place des officiers ou des détachements de liaison auprès des différents contingents (cas du détachement de liaison de la force Licorne auprès de l'ex-MICECI, maintenu au sein de l'ONUCI). Enfin, une force non africaine, placée sous commandement national (cas de la force Licorne) ou européen, peut être déployée pour appuyer la force africaine.
Le soutien de la force s'inscrit aussi dans le cadre du programme RECAMP, notamment dans le cas des unités africaines qui disposent de matériels prélevés sur les parcs RECAMP (cas de la FOMUC ; du détachement sénégalais de la MONUC en ROC, de l'ex-MICECI en Côte d'Ivoire). Par ailleurs, RECAMP est en mesure d'aider à la mise en place du soutien administratif et financier de toute force africaine.
Après avoir souligné les atouts et domaines d'effort de RECAMP, je voudrais maintenant vous parler de son avenir. Ce programme RECAMP est évolutif Son appropriation par un nombre toujours croissant de pays contributeurs tend à le renforcer. Ainsi, lors du volet militaire de ce séminaire, comme au cours de la conférence stratégique, la Grande- Bretagne, l'Allemagne, le Canada, la Belgique, la Suède, les Pays-Bas, l'Italie, l'Espagne et le Portugal ont dépêché un officier d'état-major pour travailler aux côtés de leurs homologues africains au sein du groupe de planification stratégique de la CEDEAO.
Pour préserver et renforcer les apports du programme RECAMP, le souci permanent de la France est de l'adapter aux changements de la situation en Afrique et aux besoins nouveaux des pays africains. En particulier, RECAMP évolue pour trouver davantage de compatibilité avec le concept des Forces Africaines en Attente, développé par l'Union Africaine, ce qui devrait faciliter le processus de génération de force pour une opération interafricaine. Ainsi, RECAMP est en parfaite cohérence avec la politique de défense et de sécurité de l'Union Africaine.
RECAMP n'est pas non plus en concurrence avec d'autres programmes
mais recherche au contraire la complémentarité avec
ceux-ci ainsi que la coordination avec d'autres partenaires: comme,
par exemple, le projet de protocole entre le Kofi Annan International
Peacekeeping Training Centre d'Accra et l'école de maintien de
la paix de Koulikoro pour fournir à la CEDEAO, voire à
l'ensemble de l'Afrique, un dispositif de formation cohérent,
complet et rationnel.
Les difficultés constatées dans la résolution
des conflits en Afrique démontrent bien la
nécessité de prendre en compte au niveau de l'Union
Africaine et des sous-régions tous ses aspects constitutifs
des crises. RECAMP contribue réellement à
développer et renforcer toutes les initiatives africaines pour
valoriser les actions en faveur de la paix.
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En conclusion, RECAMP constitue un programme adapté aux enjeux du maintien de la paix sur le continent africain. Son évolution doit se poursuivre afin de pouvoir relever les défis à venir.
Le cycle RECAMP V, qui pourrait se dérouler au sein de la communauté économique des Etats d'Afrique centrale, constituera une application de cette évolution. L'Afrique centrale reste une zone très appropriée. Ce choix pourrait être l'occasion de développer les futures structures de la sous-région Afrique centrale en unissant les efforts de concertation et de réflexion stratégique menés par plusieurs chefs d'Etat de la sous-région, et en s'appuyant sur certains de leurs projets déjà existants. Il reste à décider maintenant des pays qui pourraient accueillir le séminaire politico-militaire, la conférence stratégique, ainsi que l'exercice terrain de ce futur cycle.
Il nous faut donc continuer à mettre en commun nos compétences, et ne pas oublier la sagesse du proverbe malien qui invite à la persévérance et à l'action collective en nous disant qu'« un seul doigt ne peut prendre un caillou ! ».
C'est ensemble que nous réussirons à redonner à l'Afrique l'aura et le prestige qu'elle mérite. Elle les retrouvera par la pleine maîtrise de ses responsabilités, en particulier dans le domaine de la stabilité et de la sécurité, domaines essentiels pour le bien-être des populations, le développement des Etats, et l'harmonie dans les relations entre ceux-ci.