Cas concrêt (Opération Licorne) par le Général de brigade Bruno DARY
Initialement, il avait été planifié que cette conférence soit un exposé « à deux voix », prononcé par le Gal H. FALL, force-commander de la MICECI durant plus de 6 mois et moi-même ; mais ses fonctions récentes de chef d'état-major des armées sénégalaises, qui l'honorent et qui rendent hommage à son action en Côte d'Ivoire, ne lui ont pas permis d'être parmi nous cet après-midi. C'est quand même à lui que je dédie cette conférence, car il fut durant notre mission commune en RCI un véritable frère d'armes et je suis certain qu'il n'aurait pas changé un seul mot des propos qui vont suivre, hormis ces quelques phrases d'introduction.
Parler de processus de sortie de crise lorsque l'on parle de la RCI peut sembler paradoxal, surtout après les douloureux événements du mois de mars et le regain de tension ces jours derniers ; mais il n'en est rien, car d'abord dans toute crise, on peut tirer des leçons et dans le cas de la RCI, elles sont nombreuses ; ensuite, les armées, qu'il s'agisse de la MICECI, comme de l'armée française, ont mis fin à partir du mois de février 2003 à une phase de la crise que d'aucuns ont appelé « l'hémorragie des menaces », car chaque mois voyait l'apparition d'une nouvelle menace, la dernière ayant été à Abidjan même et s'étant exercée contre les ressortissants français et ainsi, ces forces ont-elles mis fin à l'affrontement direct entre FANCI et FN ; et enfin dernière raison et non des moindres - et ce sera d'ailleurs l'objet de ma première partie - c'est que le règlement d'une crise n'est pas que militaire, il doit être global. Dans une 2° partie, je voudrai rappeler le rôle que peuvent et doivent jouer les forces armées dans le traitement d'une crise, ainsi que la manière dont elles doivent « passer le relais » et dans une 3° et dernière partie, j'évoquerai des enseignements concernant l'engagement des forces et la conduite de la crise, tirées essentiellement mais pas exclusivement de l'opération Licorne, en côte d'Ivoire.
1 - Du caractère global des crises
Ce caractère global est, à mon sens, une caractéristique essentielle des crises de ce début du XXI° siècle : en effet, le siècle précédent aura vraiment été celui de la guerre totale : rappelons nous des guerres qui ont ensanglanté le continent européen et qui ont même débordé jusqu'en Asie : la 1° GM, la 2° GM et enfin, celle qui heureusement n'a pas éclaté, la guerre froide ; et comment ne pas caractériser de façon plus nette la conduite de ces guerres par la phrase célèbre prononcée en 1917 par CLEMENCEAU, alors président du Conseil : « Je fais la guerre » . En effet, à ce moment-là, la survie du pays est dans la victoire et la seule voie possible est celle de la guerre et de la guerre totale ; cela signifie que toutes les composantes de la société française sont organisées pour mener la guerre et oeuvrent dans un seul but, celui de la gagner : l'économie est une économie de guerre, la diplomatie est une diplomatie de guerre, toute la vie de la société est organisée autour de la guerre.
Or, à une période qui correspond sensiblement au
changement de siècle, nous allons assister à la fin de
la guerre froide et simultanément à la fin des guerres
totales mais, non pas à la fin de l'histoire comme avaient pu
le prédire des commentateurs trop pressés, mais
à l'apparition de la crise. Et la crise moderne se
caractérise par son caractère multi-dimensionnel : en
effet, dans toute crise, on peut déceler plusieurs dimensions
dont chacune d'elles mérite d'être traitée pour
résoudre la crise. On peut évoquer les volets
politique, diplomatique, institutionnel, militaire,
sécuritaire, humanitaire, économique, social, culturel,
religieux.
Mais, et c'est sans doute là que les difficultés
commencent, car pour être réglées, les crises
doivent être gérées de façon globale, mais
surtout, on ne peut régler un volet sans tenir compte des
autres composantes ; on peut ainsi affirmer que, désormais,
tout chef militaire doit tenir compte des autres dimensions de la
crise pour participer efficacement et durablement à son
règlement. On peut même aller plus loin et dire qu'il
n'y a pas de solution que militaire dans la résolution des
crises. Ne pas respecter ce principe, ou bien ne gérer une
crise que dans un seul volet, en l'occurrence son aspect militaire,
c'est aller au devant de nombreuses difficultés, c'est surtout
prendre le risque d'obtenir un résultat militaire, qui risque
d'aller, en tout ou partie, à l'encontre de la finalité
politique poursuivie. C'est gagner la bataille, en risquant, de
perdre la guerre, ou du moins, de ne pas gagner la paix.
Mais le corollaire est de bien fixer au militaire ce que l'on appelle
« l'end state », c'est-à-dire l'état final
recherché, qui servira de guide ou « d'étoile
polaire » à tous ceux qui oeuvreront au règlement
de la crise. Je ne sais plus quel philosophe chinois disait : «
Il n'existe pas de vent favorable, pour celui qui ne sait pas
où il veut aller » ! Et malheureusement, la crise au
Kosovo nous donne un contre-exemple relativement récent,
puisque les forces ont été engagées sans
objectif politique clair, hormis celui de préserver le calme
et de maintenir la sécurité....ce qui peut durer un
certain temps.
Toutefois, il ne faut pas non plus être trop naïf et
croire qu'un EFR bien formulé, comme par exemple à
travers une résolution du conseil de sécurité
des Nations Unies règlera tout. En effet, on ne peut
sous-entendre que chaque pays qui engage des soldats et va donc
risquer leur vie, ne poursuive pas simultanément des objectifs
politiques spécifiques et qu'il ait donc un EFR qui lui est
propre ; pour en revenir toujours au Kosovo, je ne suis pas sûr
que tous les pays qui ont engagé des forces poursuivaient bien
le même objectif...
2 - Du rôle des forces armées et de l'évolution de ce rôle
Pourtant, le caractère global des crises ne peut effacer le rôle irremplaçable joué par les armées. Leur premier rôle est incontournable, surtout si la crise est grave, il s'agit de faire cesser les affrontements, voire d'imposer le retour au calme ; tant que les violences se poursuivent, aucun règlement ne peut intervenir, aucune solution ne peut voir le jour, puisque la seule loi qui compte alors est celle du plus fort, c'est-à-dire du plus violent, ce qui condamne de facto les plus faibles et empêchent toute paix sociale. C'est ce qui a été entrepris en Côte d'ivoire, dès le début de la crise sur les lieux des affrontements, par la création d'une ligne de non-franchissement, devenue plus tard, ligne de cessez-le-feu, sous contrôle de la MICECI et du dispositif Licorne. Ce fut la première tâche pour arrêter les affrontements armés. Toutefois, ceux-ci ne finirent pas tout de suite, car la ligne de cessez-le-feu avait cette particularité de ne pas aller jusqu'à la frontière du Libéria, si bien qu'elle laissait hors de tout contrôle une zone relativement trouble, pour ne pas dire glauque, appelée le grand ouest ivoirien. Je me permets de dire « glauque », car je rappelle que cette zone limitrophe du Libéria s'était rendue tristement célèbre par la pratique généralisée du « manche courte, manche longue », par des bandes incontrôlées ; je vous renvoie au livre « Allah n'est pas obligé » de feu KOROMA. Or la MICECI et les forces françaises vont réussir à prendre le contrôle de cette zone en mai 2003, permettant d'abord de prolonger la LCLF jusqu'à la frontière, d'éviter ensuite la reprise du conflit et enfin de contrôler progressivement une zone particulièrement trouble ; cette opération sera un exemple d'opération militaire au caractère multidimensionnel, déjà évoqué. En effet, avant d'entreprendre cette opération, il avait été souhaité l'obtention d'une nouvelle résolution des NU, puis l'accord des membres du comité de suivi présidé par M. TEVODJERE, celui des pays contributeurs de la MICECI et enfin des autorités légales du pays. Pour éviter d'avoir à affronter les bandes armées et de risquer d'être confrontés ultérieurement à une sorte de guérilla, des négociations ont été conduites avec les chefs des partis en présence et la prolongation de la ligne de cessez-le-feu a été tracée en commun ; enfin, pour que le contrôle de la zone par les forces impartiales amène un changement perceptible de la situation pour la population, un accord fut conclu avec les OI et ONG, pour qu'une fois le sécurité établie par les forces impartiales, elles puissent intervenir sans délai dans une zone qu'elles avaient dû fuir depuis longtemps. Ce ne fut qu'au moment où tous ces préalables furent acquis que MICECI et forces Licorne, par une large opération, conduite de façon symétrique et en souplesse, réussirent à prendre le contrôle de cette zone. A contrario, une entrée massive des nos forces aurait certainement pris moins de temps mais aurait provoqué immanquablement des réactions, voire des affrontements, suivis de combats de type guérilla et la population, sans pouvoir bénéficier du soutien des organisations humanitaires aurait, de plus, subi les contre-coups des combats.
Le second rôle que peuvent jouer les armées est celui de l'aide humanitaire et du développement, ou, plus précisément, de leur participation à ces deux domaines. En effet, les armées n'ont pas pour vocation à effectuer de l'aide humanitaire ; il existe suffisamment d'organisations gouvernementales ou non, dont c'est la vocation et qui le font bien mieux. Toutefois, dans l'urgence, ou lorsque les conditions géographiques ou sécuritaires ne le permettent pas, elles peuvent y consacrer des moyens, en attendant l'arrivée des organisations humanitaires, dont elles assureront alors la sécurité. Cette situation s'explique également en se référant encore au caractère global de toute crise, car il serait paradoxal qu'une force d'entrée en premier arrive dans une région dévastée et ne porte pas secours à la population qu'elles sont venues protéger. De même les armées peuvent participer au redémarrage du pays sur le plan économique, nous appelons cela les opérations civilo-militaires ; leur but premier est de permettre une meilleure intégration de la force, qui reste, ne l'oublions pas, une force étrangère dans un pays étranger. Il est important de gagner le plus tôt possible la « bataille des coeurs », c'est-à-dire que la population s'aperçoive qu'elle n'a pas en face d'elle une troupe d'occupation au sens péjoratif du terme, mais une force qui vient assurer sa sécurité et ainsi améliorer directement ou indirectement ses conditions de vie : l'exemple récent d'Haïti mérite d'être souligné, qui a vu les forces françaises dès leur arrivée dans le nord du pays remettre l'électricité par le simple fait d'assurer l'approvisionnement des centrales électriques en gasoil. Cependant, ce n'est pas là la vocation première des armées et ces missions ne doivent pas non plus devenir des alibis pour faire rester les forces sur place, comme on a pu le voir en Bosnie par exemple, où la reconstruction était devenue à une certaine période la raison principale du maintien du dispositif multinational.
Avec la stabilisation de la situation, le rôle imparti aux armées va évoluer ; elles vont progressivement assurer la sécurité des personnes, des biens et veiller à leur libre circulation ; elles permettront ainsi une reprise de l'activité économique, sans laquelle aucun développement n'est possible, et éviteront de voir le pays continuer à s'enfoncer dans une crise économique, voire humanitaire. On s'aperçoit rapidement que ce genre de mission relève plus d'une mission de sécurité générale, propre à des forces de police qu'à des militaires. C'est pour cela qu'il est important que le dispositif militaire puisse avoir à sa disposition des forces de police, en particulier pour ceux qui en ont, de type gendarmerie, qui constituent alors un complément indispensable aux forces armées. A ce titre, je me permets d'évoquer la manière dont ont été assurés les premiers conseils des ministres, dits de réconciliation nationale, dans le centre H. BOIGNY à Yamoussokro : la surveillance de la ville et de ses faubourgs était à la charge du préfet avec les forces de sécurité ivoiriennes ; c'était le premier cercle. La sûreté du centre était garantie par la MICECI et les forces françaises ; c'était le 2° cercle. Enfin, la sécurité interne du palais, ainsi que celle de la salle du conseil, c'est-à-dire le 3° cercle, était assurée par les forces de gendarmerie françaises en liaison avec la sécurité présidentielle.
Mais la sécurité est un domaine régalien et l'ordre normal des choses amène à faire assurer la sécurité par les propres forces du pays. C'est pour cela que très tôt, dès le calme revenu, il faut initier sans tarder le transfert d'autorité vers les autorités locales, ou, de façon plus progressive planifier une évolution du dispositif militaire, ce que l'on peut appeler le transfert vers les « forces en second ». Cette évolution du dispositif militaire touche plusieurs domaines :
- l'origine des forces : il faut passer d'une force nationale, à une force multinationale, si ce n'était pas le cas au début de la crise ; puis d'une force multinationale à une force de l'ONU, puis il faut poursuivre le transfert vers un retour aux forces de sécurité du pays, quitte à les aider initialement avec un système de coopération. C'est ce principe que la France a planifié et mis en oeuvre en RDC, voici un an : les forces françaises sont entrées en premier, ce fut l'opération MAMBA ; puis l'Union européenne (UE) a pris le relais ; ce fut l'opération ARTEMIS, qui plus tard transféra la mission à l'ONU, et ce fut l'opération MONUC II. De même en Côte d'Ivoire, les forces françaises, qui étaient déjà présentes sur le sol ivoirien, furent très tôt renforcées, à la demande du Président GBAGBO, ce fut l'opération Licorne. Puis la CEDEAO s'impliqua dans la crise au cours de la phase de stabilisation, ce fut la MICECI et enfin récemment, l'ONU, avec l'ONUCI, a pris le relais de la MICECI.
- 2e domaine dans lequel le dispositif militaire doit évoluer est la nature de la force : au début de toute crise, il est indispensable de pouvoir disposer de forces « robustes », d'abord pour dissuader, ensuite pour faire face à tout événement imprévu. Mais lorsque la situation s'améliore, il faut que d'autres forces, appelées « forces en second » soient engagées aux côtés des premières et puissent prendre peu à peu le relais. Enfin, il est nécessaire simultanément d'introduire des forces de sécurité mieux conçues et mieux entraînées pour assurer la sécurité publique ou participer à la sécurité générale. Pour reprendre une expression de nos amis espagnols : « Quand le décor change, les acteurs aussi doivent changer ».
- 3e domaine qui doit aussi évoluer est celui de la nature de la mission, ou au moins ses modalités d'application, c'est-à-dire la manière dont on va la remplir ; en fait il s'agit surtout des règles d'engagement, les « ROE ». Dans ce domaine, il appartient au chef militaire, s'il estime que la situation n'est pas entièrement stabilisée et qu'il peut y avoir des retours en arrière, ou bien si le processus pour obtenir une nouvelle mission, et donc un nouveau mandat lui semble trop long, il appartient donc à ce chef de faire preuve de discernement en adaptant à son niveau les règles d'engagement à la situation environnante, mais toujours dans le champ d'action fixé par le pouvoir politique.
- Enfin, le dernier domaine qui doit évoluer est la place elle-même des armées sur le théâtre d'opération, place qui doit s'estomper progressivement au profit d'opérateurs civils, qui ont en charge des domaines essentiels, comme l'économie, l'éducation nationale, la justice, etc.
3 - Des pistes de réflexion tirées de l'expérience ivoirienne
Mais de même qu'il existe une différence entre la loi et l'application de la loi, il existe une différence entre les préceptes, fussent-ils militaires et leur application. De Gaulle ne commence-t-il pas son livre « Le fil de l'épée » par cette phrase : « Le phénomène contingent est ce qui caractérise le fait militaire ». D'où ces quelques enseignements que je délivre sans ordre particulier.
- Ne pas arriver trop tard pour aider un pays en crise. En effet, dès qu'une crise éclate dans un pays, un certain nombre de circuits parallèles apparaissent, s'installent et il sera d'autant plus difficile de revenir en arrière qu'ils auront trouver leur propre équilibre. Quand j'évoque des circuits parallèles, il ne s'agit pas forcément de systèmes sous-terrains ou mafieux, ce sont d'abord des nouveaux circuits économiques : pour la Côte d'Ivoire, l'arrêt de la liaison ferroviaire de SITARAIL entre Ouagadougou et Abidjan, comme l'arrêt de toutes circulations entre le nord et le sud du pays amenèrent les pays enclavés du nord, comme le Burkina-Fasso ou le Niger, ainsi que les producteurs du Nord du pays à trouver d'autres voies d'acheminement dans d'autres pays. Parmi les circuits parallèles mafieux, il est nécessaire d'évoquer le racket aux bords des routes ; certains chefs de bande se sont rendus compte qu'il était plus facile et plus lucratif de racketter les véhicules que de cultiver un champ ou d'être un cadre de l'armée ; ils se sont forgés ainsi des domaines, des sortes de « baronnies », qui leur rapportent beaucoup d'argent, simplement avec leur kalashnikov ! vous comprendrez aisément que plus le temps passe, plus il sera difficile d'appliquer le DDR dans ces zones de non-droit.
- Ne pas commettre l'irréparable. Les forces engagées sur un théâtre comme ce fut le cas en cas en Côte d'Ivoire se doivent d'avoir un comportement irréprochable, mais elles doivent surtout agir avec discernement. La résolution 1464 de l'ONU nous conférait une liberté de circulation complète dans tout le pays. Or il aurait été particulièrement inopportun voire catastrophique d'appliquer cette résolution à la lettre et de façon manichéenne. En effet, il est assez souvent arriver, surtout en début de mandat, que nos convois se fassent bloquer par les forces de sécurité ivoiriennes pendant quelques heures ; une ouverture du feu à ce moment, comme nous l'autorisait la résolution aurait été catastrophique. Encore faut-il avoir des cadres formés, disciplinés et sachant appliquer les ordres, non pas à la manière de l'allumeur de réverbère du « Petit Prince », qui se moque du fait que sa planète tourne de plus en plus vite et qui ne fait qu'appliquer la consigne !
- Penser très tôt à la transition : il est souhaitable de réfléchir aux modalités de la transition dès l'arrivée sur le théâtre. En effet, si l'on veut éviter l'enlisement, il est nécessaire de savoir où l'on va et d'intégrer dans le dispositif initial comme dans la conduite des opérations des mesures préparatoires pour la relève par une force en second. Quitte à paraître quelque peu iconoclaste aux yeux de certains, je n'ai pas dit qu'il fallait prôner le « First in, first out ». C'est vrai qu'il faut éviter l'enlisement, mais le fait de vouloir quitter un théâtre en premier ne peut être un objectif prioritaire, quand on décide d'engager des forces dans un pays.
- de l'importance de la légitimité de l'action : Elle est essentielle, car elle donne à tous les soldats, quel que soit leur grade, une grande liberté d'action, en ce sens, que sous réserve de rester dans l'esprit de la mission, ils savent que tout ce qu'ils entreprennent ne vient pas d'eux-mêmes, ou n'est pas conçu pour desservir un intérêt immédiat mais bien pour honorer un mandat dont ils ont été investis. En Côte d'Ivoire, la présence militaire française reposait sur une triple légitimité : celle des accords de défense qui lient les deux pays ; la demande officielle du Président GBAGBO en septembre 2003 pour que les forces françaises interviennent et enfin la résolution 1464 du CSNU.
- du rôle des militaires : en dépit de ce que j'ai dit tout à l'heure, l'expérience montre que l'on fait faire au militaire beaucoup de choses sur ces zones de crise, comme l'avait reconnu avec beaucoup de lucidité M. Carl BILD en Bosnie, lorsqu'il déclarait « ce n'est pas un travail de militaire, mais il n'y a que les militaires pour le faire..... ». Le problème posé par cette tendance à étendre les missions dévolues aux forces armées est triple : d'abord, elle fausse, vis-à-vis de la population, l'image du soldat, qui demeure le détenteur de la force et le détenteur légitime de la force ; ensuite, elle tend à prolonger indûment la mission des forces, sans que l'on puisse désengager les unités militaires ; enfin, elle fait reposer sur la seule composante militaire la sortie de la crise, dans des domaines où ils ne sont pas compétents, alors qu'il s'agit d'une oeuvre globale et collective, qui exige de la part de tous les acteurs compétence et expérience.
- de la nécessité de connaître les partenaires avant d'être engagé dans une crise : lorsqu'une crise éclate dans une communauté humaine, on s'aperçoit que les relations ont tendance à se tendre, ce qui est humain, à défaut d'être efficace. En effet, dans une crise, chaque opérateur travaille dans sa propre logique, selon ses propres directives, avec ses propres objectifs, logique, directives et objectifs, qui, la plupart du temps, ne sont pas les mêmes : le soldat visera à contrôler un secteur-clef du terrain, l'humanitaire cherchera les regroupements de population, et le journaliste sera à l'affût d'un scoop. Or l'expérience montre que l'on a tout intérêt à travailler en partenariat avec tous les acteurs de la crise et le meilleur moyen reste de se connaître, de connaître la logique et le fonctionnement de chacun des organismes appelés à opérer sur les zones de crises, mais dès le temps de paix et donc de créer des liens, si possible avant le début de la crise. Ces liens n'empêcheront pas une certaine confrontation des logiques au moment de la crise, mais ils éviteront au moins les crises internes entre acteurs qui travaillent pourtant pour la sauvegarde du même pays et le secours de la même population. C'est pour cela que des réunions comme celle d'aujourd'hui sont indispensables pour la meilleure compréhension mutuelle qui va naître soit le, gage d'une meilleure efficacité demain sur le terrain.