Discours de Son Excellence Monsieur l'Ambassadeur Christian DAZIANO, Ambassadeur de France au Bénin
Monsieur le Ministre d'Etat chargé de la Défense
nationale,
Monsieur le Ministre des affaires étrangères, de
l'intégration africaine et de la coopération,
Monsieur le Secrétaire général adjoint de la
CEDEAO,
Mesdames et messieurs les Ambassadeurs et représentants des
organisations internationales,
Monsieur le Général, Chef d'Etat major des Forces
armées béninoises,
Messieurs les Commandants des composantes terrestres, navales et
aériennes des Forces armées béninoises,
Monsieur le Colonel, Directeur général de la
Gendarmerie béninoise,
Messieurs les Officiers représentant les pays de la CEDEAO
participant à l'exercice « Bénin 2004
»,
Messieurs les Officiers des Etats majors béninois,
français et étrangers participant au montage de
l'exercice « Bénin 2004 »,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Permettez moi tout d'abord de vous dire combien mon épouse et
moi-même nous réjouissons de vous accueillir de nouveau
à la Résidence de France à l'occasion de cette
deuxième conférence de planification du cycle RECAMP 4
tenue à Cotonou. Cette réception internationale et
cosmopolite est le meilleur témoignage du concept de
renforcement des capacités militaires africaines que la France
s'efforce de promouvoir depuis près d'une dizaine
d'années.
Destiné à répondre à la volonté
de plus en plus affirmée des Etats africains de gérer
eux-mêmes les problèmes de sécurité de
leur continent, le concept RECAMP s'appuie sur quelques principes
simples et fondamentaux :
- le partenariat avec les pays africains,
- l'ouverture à l'ensemble de l'Afrique et à tout pays ou organisation qui souhaite s'y associer,
- la complémentarité avec les coopérations bilatérales, les actions conduites dans le cadre des régions, et celles de nos partenaires, notamment européens,
- le volontariat, chaque Etat ou organisation demeurant libre de déterminer la nature ou le rythme de sa contribution,
- la cohérence entre les acteurs civils et militaires.
L'image que vous donnez ce soir, à travers la diversité des langues, des pays, des peuples, des origines socio-professionnelles, démontre que le concept RECAMP est en passe de gagner l'adhésion de la communauté internationale et permet chaque jour un peu plus de rassembler les hommes et les nations au service du maintien ou de la consolidation de la paix en Afrique.
Même si l'énoncé d'une comptabilité dans ce domaine apparaît comme un exercice vain, il convient cependant de rappeler que bon nombre des conflits qui endeuillent notre planète se situent en Afrique. En 2003, c'est 10 guerres civiles qui frappaient ce continent meurtri alors que trois coups d'Etat ou tentatives de coup d'Etat se produisaient. Près de la moitié des opérations de maintien de la paix mise en oeuvre par la communauté internationale se déroulent en Afrique et les casques bleus africains représentent plus d'un tiers des effectifs engagés dans des OMP.
Ces constatations ont naturellement conduit le dernier Sommet des pays industrialisé, le G8 qui s'est récemment réuni à Sea Island, à adopter un plan d'action destiné à développer les capacités mondiales de maintien de la paix. L'Afrique est bien évidemment au coeur des réflexions menées dans ce domaine.
Dans ce contexte, la politique africaine de la France s'inscrit dans une double perspective :
- d'abord un appui aux efforts régionaux, aux médiations régionales, tant il est vrai que les crises revêtent aujourd'hui le plus souvent une dimension internationale qui ne saurait être oubliée ou minimisée.
- ensuite, une mutualisation accrue : mutualisation des efforts, mutualisation entre africains, entre européens, entre africains et européens.
Dans ce cadre, les évolutions institutionnelles de l'Union africaine, notamment la création récente d'un Conseil pour la paix et la sécurité, constituent des avancées significatives auxquelles l'Union européenne, à l'instigation notamment de la France, entend s'associer pleinement. Ainsi, le Fonds européen de développement, constatant l'impossibilité d'assurer le développement économique et social d'un pays instable ou en conflit, vient de créer une Facilité pour la paix, dotée de 250 millions d'euro, qui permettra de participer au financement d'opérations de maintien de la paix décidées par les africains. Une première illustration des possibilités d'emploi de ce fonds vient d'être donnée avec son engagement en faveur des actions de stabilisation et de règlement du conflit dans le Darfour soudanais.
Les organisations régionales africaines structurent par
ailleurs le continent et, chacune avec ses procédures propres,
s'efforcent de contribuer à résoudre les conflits
apparus dans leur sous région.
C'est sous l'égide et en s'appuyant sur la CEDEAO, qui est
l'une des organisations régionales les plus anciennes et les
plus dynamiques, que la France a choisi de conduire ce
quatrième cycle RECAMP, venant après ceux du Gabon, du
Sénégal et de la Tanzanie.
Deux évènements majeurs de ce cycle viennent de se
tenir, l'un à Accra au mois de mai dernier ou s'est
réuni le séminaire politico-militaire, et l'autre
à Abuja où s'est tenue il y a quelques jours la
Conférence stratégique. Initiant le processus de
définition de la mission de la force sur le terrain, le
séminaire d'Accra a permis d'établir une directive
initiale de planification, alors que la conférence d'Abuja a
conçu le concept d'opération du secrétariat
exécutif, c'est-à-dire le document fondateur de la
future force sur le terrain.
Ce processus se poursuivra au cours des prochains mois et aboutira
à l'exercice « Bénin 2004 » qui se
déroulera entre Cotonou, Ouidah et Abomey du 21 novembre au 3
décembre prochain.
Allant bien au delà d'un simple exercice militaire, le concept
RECAMP est devenu une réalité depuis la crise
née en République centrafricaine en 1996-1997 avec la
mise sur pied de la MISAB composée de contingents provenant de
six pays africains, qui s'est par la suite transformée en
MINURCA en 1998 puis en FOMUC en 2003. De même, en 1999, un
bataillon multinational auquel participait le Bénin aux
cotés de la Gambie, du Niger et du Togo a été
mis en place dans le cadre de l'opération menée en
Guinée Bissau.
Enfin, le concept RECAMP a de nouveau été
utilisé lors de la création de la MICECI en Côte
d'Ivoire, devenue aujourd'hui l'ONUCI.
Il convient d'ailleurs de souligner la totale coopération qui
s'est alors instaurée entre les officiers, sous officiers et
soldats béninois qui ont été entièrement
équipés par la Belgique et dont la Marine nationale
française a assurée l'acheminement jusque sur le
théâtre d'opération ou se déployaient par
ailleurs les forces de l'opération Licorne.
Pour terminer, j'ajouterai qu'il est heureux que le Bénin ait été choisi pour co-organiser et héberger sur son territoire l'exercice « Bénin 2004 ». Havre de paix et de stabilité dans cette région d'Afrique, le Bénin est également l'un des pays qui participe le plus activement aux opérations de stabilisation des pays en crise et, depuis le 1er janvier de cette année, membre du Conseil de sécurité des nations unies pour le biennum 2004-2005. A plus d'un titre, le Bénin dispose donc d'une légitimité particulière pour endosser ce privilège et relever ce lourd défi.
Enfin, je ne saurai achever ces quelques propos, sans adresser au nom du gouvernement français mes sincères remerciements aux représentants des pays non africains et aux organisations internationales qui ont bien voulu apporter une contribution concrète à la réalisation de ce cycle RECAMP 4, notamment à l'exercice sur le terrain. Ils manifestent ainsi leur volonté d'aider l'Afrique à progresser sur la voie de l'appropriation de ses problèmes dans un esprit de solidarité et de coopération internationale.
Je voudrais former des voeux nombreux pour la pleine réussite de vos travaux et remercier également la partie béninoise pour l'excellente organisation de cette conférence.
Vive RECAMP,
Vive la paix,
Vive la coopération internationale.