Cycle RECAMP IV

Exercice Benin 2004

Dernière mise à jour le 01/01/1970 à 01h00

Ouverture du Séminaire POL/MIL - lundi 24 mai

Introduction de l'Ambassadeur Pierre Jacquemot, représentant du Ministère des Affaires Etrangères

Depuis plusieurs années, les questions de paix et de sécurité sont devenues une des principales préoccupations des pays africains. Dans le cadre du NEPAD, ils s'accordent tous à reconnaître que le développement ne peut exister sans un environnement stable et sécurisé.
Cette prise de conscience collective est partagée par la France. Permettez moi de citer le Président Jacques Chirac lors de la conférence Afrique/France de février 2003. Parlant de la mobilisation pour la sécurité et la paix, il déclarait à ses homologues « Vous en avez fait le premier objectif du NEPAD, car il est la clé de tous les autres. Nous sommes décidés à soutenir votre engagement pour prévenir et surmonter les facteurs de crise, en récusant la violence, en appelant les protagonistes au dialogue, en faisant jouer tout leur rôle aux mécanismes régionaux, en appelant la communauté internationale à soutenir la reconstruction et le retour à la paix... ».

Le monde change, c'est une évidence, une banalité même. Certaines transitions sont plus décisives que d'autres. Ainsi au début des années 1990, des changements majeurs sont intervenus dans les relations internationales, mais également en Afrique. Un certain nombre de pays se sont engagés dans une réforme de leurs structures politiques, économiques et sociales internes. Ils ont emprunté des voies diverses, chaotiques parfois, mais on décèle néanmoins un mouvement général vers plus de démocratie et plus de développement. Et de ce point de vue la sécurité est devenue un enjeu majeur.

C'est dans ce contexte qu'a été conçue l'initiative RECAMP il y a huit ans.

La conception de RECAMP a été initialement fondée sur une analyse des crises en Afrique, sur la façon de les prévenir et de les régler.
Dans le même temps, la France s'est efforcée de tenir compte de la volonté des différents acteurs.

Je vais insister sur les six composantes majeures de RECAMP.

1. La sécurité d`abord

La sécurité est indispensable à la création de richesses.

Tout responsable politique se doit d'avoir ces impératifs en tête pour espérer faire progresser les institutions et les destins qui lui sont confiés.
Notre effort commun dans le cadre de notre séminaire doit se concentrer sur la sécurité physique, à l'échelle de la nation, à l'échelle de la cité.

2. Le partenariat

C'est l'affaire de tous les acteurs. En matière de résolution des conflits, le partenariat ne peut être que d'essence multilatérale. Cela correspond à la méthode africaine de la recherche de consensus au sein du conseil des sages. Cette approche permet aussi de donner son ampleur à l'examen des questions, d'élargir le cercle à d'autres que les seuls bretteurs. Cela suppose également que les réponses de la communauté internationale doivent être également partenariales et multilatérales, à la demande des pays africains eux-mêmes, quel que soit le cadre institutionnel saisi.

3. La médiation africaine et les mécanismes régionaux

Politiquement, nous avons toujours intérêt à choisir la médiation, ou le dialogue, au niveau où il a le plus de chance de pouvoir être mené à bien. Là ce sera une organisation multilatérale, ailleurs ce sera plus facile (notamment sur le plan opérationnel) au niveau de la sous région. Il ne faut s'interdire aucune solution, en posant le principe de recours à des médiations africaines. Et cela marche. Je ne citerai que les exemples de la MIAB au Burundi, des médiations sud africaines en RDC et aux Comores, du rôle croissant de la CEDEAO dans la prévention et la résolution des crises dans sa zone, ou de la CEMAC en RCA.

4. La solidarité

Elle aussi a plusieurs cadres. Il y a nos expériences variées profondes anciennes des relations bilatérales, mais à l'heure des déstabilisations sous régionales, tout le monde sent bien que la réponse ne peut plus être une simple juxtaposition d'éléments bilatéraux. Il n'y a pas si longtemps (septembre 2002) nous avions de longues discussions pour donner un nom à notre coordination sous l'égide des Nations Unies : Sierra Leone ou région du fleuve Mano. Les événements de Côte d'Ivoire ont rappelé à la communauté internationale, dès le lendemain de cette réunion qu'elle ne devait pas s'enfermer dans des visions par trop limitatives.
Mais la force d'entraînement appartient aux pays africains eux-mêmes. Que sur le coton quatre d'entre vous aient pris l'initiative d'une saisine commune de l'OMC, et le dossier change d'orientation et devient incontournable pour les prochaines manches. Que les pays de l'Agence du Bassin du Niger réussissent à examiner ensemble la problématique de la ressource vitale qu'ils ont en partage est un progrès préventif considérable.

Dans tous ces efforts l'engagement des pays dits du Nord est de prêter main forte à leurs partenaires du sud.
C'est un élément constant : notre solidarité se manifeste déjà et se développera donc aux niveaux bilatéraux mais aussi régionaux, notamment celui de l'Union Européenne.

J'ajouterai, à relever les évolutions des 18 derniers mois que sur ce point comme sur les autres nous devrons garder une très forte capacité d'adaptation et d'inventivité, du côté des pays africains mais aussi de la part de la communauté internationale dans les contributions qu'elle pourra et devra apporter. De manière générale, le succès du processus dans lequel nous sommes engagés n'a de chances de répondre aux attentes de populations africaines qu'en étant évolutif, transparent, ouvert. La paix de tous ne peut être l'affaire technocratique de quelques uns. D'ailleurs, et fort heureusement, la composition de notre assemblée aujourd'hui en est l'illustration.

5. Les capacités collectives

Il est frappant de constater la fréquence dans les mots clés de l'expression de capacités collectives : de quoi serons nous capables « collectivement » ? Le partenariat et la solidarité doivent déboucher sur des capacités collectives. Attachons nous à la nouveauté du concept dans le concert africain et aux défis qu'il recèle. Cette mise en commun future de synergies,de métiers , d'hommes et de matériels, suppose un examen de ses propres capacités, de l'offre que l'on peut en faire, de la contribution intellectuelle et matérielle, que chacun peut en sa modeste condition, apporter.

Ce cheminement plein d'ambition est déjà bien entamé avec les efforts de la CEDEAO pour le maintien de la paix dans sa zone, ou de la CEMAC en RCA, mais aussi avec le projet de constitution de « force africaine en attente ». Avec beaucoup d'humilité mais aussi la force de l'utopie, nous devons en commun, du côté de RECAMP, apporter les réponses les plus pragmatiques, marquées de la plus fantastique des audaces : risquer ensemble la paix.

6. Le renforcement des capacités

S'il peut être assez facile, n'en déplaisent aux stratèges, de définir des objectifs de forces et des gradations de missions, la vraie difficulté qui préside à tous les efforts de sécurité collective repose sur la richesse personnelle des hommes, leur technicité bien sûr mais leurs qualités de chefs et d'exécutants, leur moral et leur volonté. Ne croyez pas que je m'aventure sur un terrain qui serait l'apanage des seuls militaires, c'est plus universellement celui de la responsabilité. Nous devons vouloir former cette volonté collective de la paix future par la formation des hommes et de leur encadrement.

C'est sans doute la plus belle pierre que peut apporter RECAMP dans le concert africain pour s'insérer le plus possible dans les dispositifs en cours de développement tant en Afrique que dans la communauté internationale. L'originalité est d'avoir progressé dans une perspective de formation, d'équipement, et d'entraînement avec une vision pratique, en étant parfois en avance sur les concepts et les orientations qui forment la feuille de route internationale.

A nous, pendant ce séminaire, de tracer les axes pour la poursuite et l'élargissement de cette ambition et de montrer aussi que les solutions et les propositions peuvent venir de ceux qui pourraient un jour avoir à les mettre en oeuvre.

Je vous remercie.

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