Cycle RECAMP IV

Exercice Benin 2004

Dernière mise à jour le 01/01/1970 à 01h00

Ouverture du Séminaire POL/MIL - lundi 24 mai

Intervention du Général de brigade Elhadji Mouhamadou KANDJI, Conseiller militaire adjoint au Département des Opérations du Maintien de la Paix (ONU)

En me demandant de venir le représenter à ce séminaire politico-militaire RECAMP IV d'Accra, Mr Jean Marie Guéhenno, Sous-secrétaire Général de l'ONU chargé du Département des Opérations de Maintien de la Paix m'a fait un immense honneur, exquis mais tout aussi redoutable : honneur exquis pour l'officier africain que je suis de participer à un échange, ici en Afrique, sur les capacités africaines de maintien de la paix ; mais honneur redoutable pour le conseiller militaire adjoint que je suis, de devoir m'exprimer face à un auditoire aussi distingué, au nom de tout le département des opérations de maintien de la paix qui, comme vous le savez, couvre les aspects non seulement opérationnels et de police, mais aussi et surtout politiques, logistiques et humanitaires.

But first of all, please allow me to thank the Republic of Ghana for hosting this major event in the agenda for African peace and security. If we just consider Ghana's unswerving commitment to peace, which is more than any other nation's in the world, we should be extremely delighted to meet in this Peacekeeping Training Centre, named after the Secretary-General of the United Nations, M. Kofi Annan, all fit to be among this Nation's greatest sons.

Je voudrais également remercier la France, inspiratrice du concept RECAMP, mais aussi tous les pays qui y ont cru et qui continuent d'y croire et de soutenir sa mise en oeuvre, pour en faire aujourd'hui un programme pertinent visant à aider les Africains à gérer par eux-mêmes la sécurité de leur continent.

Le « Renforcement De La Capacité Africaine De Maintien De La Paix » est, à l'heure actuelle, l'un des thèmes les plus brûlants au sein du département des opérations de maintien de la paix à New York. La raison s'impose d'elle-même.

Cette première carte géostratégique indique les interventions actuelles de l'ONU à travers le monde : Seize (16) missions de maintien de la paix sont en cours (y compris celles à Haïti et au Burundi qui doivent démarrer toutes les deux le 1er juin 2004, dans une semaine. Sur ces seize (16) missions, sept (7) se déroulent en Afrique. Et si on anticipe sur celle qui se concocte pour le Soudan, cela fera, en début d'année 2005, huit (8) missions de l'ONU en Afrique sur dix sept (17) dans le monde entier : cinquante (50) pour cent !

La deuxième carte indique que six (6) des onze (11) missions politiques ou de consolidation de la paix sont aujourd'hui installées en Afrique : cinquante (50) pour cent !

Cela signifie en termes clairs que cinquante (50) pour cent des interventions de l'ONU sont concentrées sur le seul continent africain. Les chiffres sont décidément têtus.

C'est à se demander si l'Afrique, accrochée comme un gros point d'interrogation au centre de la mappemonde, n'a pas été prédestinée à s'offrir en épicentre au séisme d'insécurité qui secoue la planète.

Nos dernières statistiques montrent également qu'à l'heure actuelle, 53.420 hommes et femmes (militaires, policiers et employés civils) sont engagés dans les seize (16) missions en cours, et que 18.500 d'entre eux viennent de pays contributeurs africains. Je n'ai compté ni Haïti, ni le Burundi qui porteront le total général à environ 65.500, et celui des africains à environ 23.000, soit le tiers des effectifs... Main n'est-il donc pas paradoxal, que ces mêmes armées africaines qui arrivent à participer honorablement et en aussi grands nombres aux missions de l'ONU aux quatre coins du monde, soient incapables de le faire chez eux, par eux-mêmes, pour le salut de leur propre continent ? L'idée première du concept RECAMP est justement de lever ce paradoxe. Et c'est cela qui donne toute sa pertinence du programme RECAMP.

L'ONU, sa marraine, ne peut que se réjouir de cette pertinence, et souhaiterait pouvoir contribuer davantage à la consolidation du programme RECAMP, en orientant notamment les actions de ce celui-ci dans le sens des préoccupations actuelles du département des opérations de maintien de la paix. Garante universelle de la paix mondiale, l'ONU exercerait ainsi son droit de regard sur toutes les actions menées par ses démembrements en matière de maintien de la paix.

En d'autres termes, ce sont ces préoccupations de l'ONU qui doivent servir de main courante au développement des volets du programme RECAMP, notamment ceux de la formation, de l'entraînement et de l'équipement. Cette démarche ciblée se veut pragmatique, du fait qu'elle s'applique aux nouveautés des opérations du maintien de la paix et s'inspire des enseignements que l'organisation a tirés de bientôt soixante années au service de la paix. Je crois qu'un tel recadrage est important et fondamental, car c'est toujours le cadre d'action d'une opération qui dicte les actions visant à les préparer. Et dans ce sens, pour que le programme RECAMP soit encore plus pertinent, il se doit d'intégrer les nouvelles configurations de théâtres d'opérations.

Mais qu'est ce qui a donc changé dans les opérations de maintien de la paix ? Je suis tenté de répondre sèchement : tout ! Car les dernières mutations sont absolument profondes.

Oui, les théâtres ont changé. Les zones tampons classiques se sont transfomées en zones de combat sans front, et de basse intensité. Il n'y a plus que dans les 'vieilles' missions que l'on trouve encore des lignes de démarcation nettes que chacun des camps adverses est tenu de ne pas violer. Aujourd'hui, les parties en conflit sont imbriquées, indissociables, et nos troupes et observateurs se retrouvent bien souvent au beau milieu des affrontements, s'ils ne sont pas les cibles faciles des combattants aveugles. Ils doivent aménager de véritables positions de combat, ne serait ce que pour planter ce drapeau bleu qui rassure les opprimés mais dérange les oppresseurs.

La belle image du beau casque-bleu sans arme, en képi et foulard bleus, une paire de jumelles modèle 22 autour du cou est tout simplement dépassée. De nos jours, il se déplace en disposition de combat, avec gilet pare-éclats et casque lourd chauffés à l'adrénaline, pret à réagir à une embuscade sur son itinéraire de patrouille, pret a reagir et à se battre. La paix de nos jours se combat plus qu'elle ne se négocie. En cela, l'ONU semble suivre la recommandation de ce dicton africain : « Quand tu danses avec un aveugle, il faut lui marcher de temps en temps sur les pieds pour qu'il sache qu'il ne danse pas seul »...

Les théâtres ont décidément changé. Le Conseil de Sécurité l'a compris, lui qui n'hésite plus à signer des mandats d'emblée sous 'Chapitre Sept', et je puis vous assurer que les phases de planification à New York se déroulent aujourd'hui dans l'effervescence d'un véritable centre de commandement stratégique. Les mandats se veulent désormais clairs, précis, réalistes et réalisables. C'est ainsi que l'a voulu le 'Rapport Brahimi' qui parle notamment de posture 'musclée' sur le terrain. L'approche est plus vigoureuse, aussi bien dans la planification et la conception des opérations, que dans la génération et l'engagement des forces, mais surtout dans le déploiement et la conduite des opérations. Le tout se jouant contre la montre, avec une situation bien souvent chaotique et précaire sur le terrain. Aujourd'hui, chaque mission qui démarre est comme un lapin que l'on tire du chapeau... Je me demande d'ailleurs s'il reste encore des lapins... Et on n'est peut-être pas loin de ne même plus avoir de chapeau...

Les théâtres ont changé. Devant la complexité des missions, ils sont devenus particulièrement encombrés, à tel point que les actions politiques mais surtout militaires ne peuvent plus ne pas tenir compte de la présence d'une multitude d'acteurs engagés sur le même théâtre, et qui jouent des partitions complémentaires. Cette multi-dimension des Missions a nécessité l'élaboration d'un nouveau concept de planfication intégrée qui concilie les actions de tous les partenaires de la paix présents. Les ONGs, les programmes DDR/DDRRR, l'action anti-mines, l'action humanitaire, les enfants soldats, les Droits de l'homme, la protection des femmes, le VIH/Sida, les élections, etc. Ce sont là autant de mouvements qu'il faut synchroniser sur le terrain. Et planant au dessus de tout cela, il y a les médias, omniprésents et impitoyables, et cela oblige de développer des stratégies de communications en direction des populations locales, des pays contributeurs de troupe et de l'opinion publique internationale.

Aux plans stratégique et opérationnel, un déploiement rapide en 30 à 90 jours selon la complexité de la mission s'est avéré jusqu'ici difficile pour des raisons variables. Si les pays en développement ont surtout des difficultés d'ordre logistique, les pays développés eux sont souvent retardés par leurs mécanismes internes de décision politique. Le concept de forces en attente et de stocks stratégiques est en chantier pour assurer un déploiement rapide. Nous reviendrons sur le sujet au cours de nos discussions programmées sur « l'ONU et l'Afrique dans les opérations de maintien de la paix

L'option d'engager des grandes unités organiques, du niveau autant que possible d'un bataillon organique bien équipé répond surtout à un souci de cohérence des dispositifs, de cohésion et d'efficacité opérationnelle sur le terrain.

Au plan du Soutien, les unites doivent disposer d'une grosse logistique organique, complète et conforme aux critères de l'ONU, notamment pour le maintien en condition des moyens nationaux. Aujourd'hui, e déploiement d'une force n'est plus envisageable sans hôpitaux de campagne, sans Génie de combat, de construction ou de déminage, sans moyens de Transmissions pour les liaisons de commandement entre les PC, sans hélicoptères de liaison et d'attaque, etc.

Au plan des Personnels, les officiers observateurs ou d'état-major de force doivent être sélectionnés, qualifiés et préparés aux procédures de l'ONU, avec de solides aptitudes physiques, topographiques, linguistiques et de conduite automobile.

La formation reste un critère indiscutable de crédibilte, et les résultats enregistrés sur le terrain sont hautement appréciés, d'autant que la stratégie touche aussi bien les militaires que les policiers et les civils, suivant des modules adaptés aux niveaux des individus ou des unités bénéficiaires. L'ONU a développé une stratégie de formation des personnels et d'entraînement des unités, et il serait à mon avis intéressant que RECAMP puisse consulter le département des opérations de maintien de la paix pour une harmonisation des programmes et une coordination des calendriers.

Je terminerai par une mention sur la protection et la sécurité des personnels de l'ONU, aussi bien militaires, policiers, que civils engagés sur les théâtres d'opérations. Le sujet est devenu de préoccupation majeure chez les pays contributeurs de troupes, et cela pose une contrainte de plus dans la conduite des opérations. La prise en compte du facteur de risques propres à chaque mission a ainsi dicté la création d'une cellule de renseignement opérationnel (JMAC) dans chacune des dernières missions au Libéria, en Cote d'Ivoire, à Haïti et au Burundi.

Voilà, Mesdames et Messieurs, la contribution que j'ai voulu apporter au nom de Monsieur le Sous-Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies pour les opérations de maintien de la paix. C'est bien parce que le programme RECAMP épouse avec intelligence les principes et contours de paix tracés par l'ONU, qu'il peut toujours compter avec l'appui du département des opérations de maintien de la paix dans le noble engagement commun à aider l'Afrique à renforcer ses capacités de maintien de la paix.

Je suis très sensible à l'indulgente attention que vous m'avez accordée. Et je vous en remercie.

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