Discours prononcé par Mme ALLIOT-MARIE, Ministre de la Défense
"Nous retrouver si nombreux aujourd'hui à Cotonou pour marquer la fin du quatrième cycle RECAMP est le meilleur témoignage de l'intérêt grandissant que suscite cette approche du maintien de la paix, que la France s'efforce de promouvoir.
Renforcer les capacités africaines de maintien de la paix, c'est permettre aux Etat africains de prendre en main les problèmes de sécurité qui les affectent t compromettent leur développement.
Est-il besoin de le rappeler, c'est malheureusement en Afrique
qu'éclatent nombre des conflits qui déchirent notre
monde.
C'est en Afrique que se déroule près de la
moitié des opérations de maintien de la paix mises en
oeuvre par la communauté internationale.
La partie du cycle RECAMP qui se déroule ici au Bénin
concrétise les travaux politiques et militaires en cours
depuis deux ans.
Les treize pays de la CEDEAO, dix pays non-africains, de grandes
organisations internationales et plusieurs ONG ont répondu
à notre appel pour travailler en commun au succès de
l'exercice "BENIN 2004".
Le Bénin est un pays stable et pacifique ; son engagement
très concret dans les opérations de maintien de la paix
dans la sous-région et au-delà ne s'est jamais
démenti.
A plus d'un titre, il disposait donc d'une légitimité
particulière pour co-organiser et accueillir cet exercice. Je
tiens à remercier chaleureusement les autorités
béninoises de l'avoir fait.
Cette journée traduit, à mes yeux, la rencontre de deux
volontés, celle des pays africains et celle de la France
(1).
Elle est également une occasion de réfléchir aux
moyens de concrétiser ensemble nos ambitions (2).
1. La rencontre de deux volontés :
- celle des pays africains de s'approprier les questions de sécurité de leur continent ;
- celle de la France, qui s'inscrit dans une approche rénovée de sa politique de sécurité et de défense en Afrique.
1.1 La volonté des Africains, c'est de s'impliquer de plus en plus en faveur de la sécurité de leurs populations et de leurs territoires.
Dans le Darfour soudanais, les forces de l'Union Africaine assurent
le cessez-le-feu et soutiennent le processus de paix.
En République centrafricaine, à Bangui, la force de la
Communauté économique et monétaire d'Afrique
centrale (CEMAC) est engagée en soutien du processus de paix,
aux côtés du détachement français de
Boali.
En Côte d'Ivoire, des contingents africains, provenant en
majeure partie de la CEDEAO, sont engagés sous le béret
bleu de l'ONUCI.
RECAMP a largement contribué à ces succès
opérationnels.
C'est une approche "vivante", souple, qui a su évoluer avec le
temps pour être approprié par les différents
actreurs.
Basé sur le volontariat, chaque participant est libre de
déterminer la nature de sa contribution.
On peut affirmer sans hésiter que RECAMP a permis une
évolution des mentalités.
Les officiers d'états-majors ont progressé dans le
travail interarmées et dans un cadre multinational.
L'interopérabilité des forces a pu être
améliorée.
RECAMP a également donné à des hommes une
tâche commune, leur permettant de mieux se connaître pour
relever les défis de ce continent.
1.2 La volonté de la France, c'est d'appuyer son action en Afrique sur une politique de sécurité et de défense rénovée.
La politique de la France en Afrique est caractérisée par des liens historiques et culturels forts. Ils demeurent, mais nos relations ont profondément évolué.
Notre politique est aujourd'hui fondée sur des principes clairs :
- respecter la légitimité du poivoir
- défendre la souveraineté de l'Etat et l'intégrité du territoire national
- préserver la stabilité et la cohésion régionale
- refuser l'unilatéralisme, appuyer les efforts de la communauté régionale et mobiliser la communauté internationale.
Basée sur ces principes, notre politique favorise une approche
globale et multilatérale.
Globale, parce que nous estimons que toutes les
questions liées à la prévention et au
règlement des crises, qu'elles touchent le domaine militaire,
politique, social ou économique, doivent être
traitées en étroite liaison.
Multilatérale, parce qu'il est
impératif de mettre en commun les efforts et de ne pas
disperser les moyens et les énergies. Nous travaillons donc au
renforcement des liens entre les Etats, les sociétés
civiles, les organisations régionales et internationales, les
ONG, les institutions financières, etc.
Cette approche n'exclut en rien les relations bilatérales que
nous entretenons avec de nombreux pays africains.
Elles sont fondamentales à la mise en oeuvre des outils de
défense des Etats, qui forment les piliers des systèmes
de sécurité régionaux.
2. Forts de ces volontés conjuguées, nous devons réfléchir ensemble aux moyens de concrétiser nos ambitions pour l'Afrique.
2.1 Il est nécessaire de poursuivre et d'appronfondir la démarche RECAMP.
- Dans le domaine de l'entraînement :
RECAMP 4 a permis de développer l'ensemble d'une planification
d'opération de soutien de la paix, allant du niveau le plus
élevé de la stratégie jusqu'au niveau tactique
de l'emploi des forces.
Nos travaux doivent maintenant porter davantage sur la fonction
commandement, et particulièrement sur l'intégration de
l'échelon politico-militaire.
- Dans le domaine de l'équipement :
La loi de programmation militaire française 2003-2008
prévoit une valorisation des équipements des
dépôts RECAMP.
Les armées africaines doivent encore poursuivre leurs efforts
sur la disponibilité opérationnelle de leurs propres
équipements. Leur autonomie en matière de gestion des
crises en dépend.
- Dans le domaine de la formation :
C'est une composante essentielle de tous les outils de défense
et un souci permanent de la France, pour ses propres armées
comme pour ses partenaires.
Nous dispensons déjà des formations individuelles en
Afrique et en France.
Il faut encore développer les formations collectives. C'est
l'objectif de la réinstallation de l'école de maintien
de la paix à Bamako, suivant le principe des écoles
à vocation régionale.
2.2 L'Union européenne a un rôle déterminant à jouer dans ce partenariat renouvelé et renforcé avec l'Afrique.
L'Europe se montre de plus en plus déterminée à
s'inverstir sur les questions de sécurité
africaines.
- L'an passé, l'Union a mené sa première
opération autonome en République démocratique du
Congo.
- En janvier 2004, les Européens ont énoncé une
position commune sur la prévention et la gestion des conflits
en Afrique.
- Le Fonds européen de développement, conscient de
l'impossibilité d'assurer le développement
économique et social d'un pays instable ou en conflit, a
créé une "Facilité pour la Paix", qui permettra
de participer au financement d'opérations de maintien de la
paix décidées par les Africains.
- Les nouveaux outils que l'Union européenne développe
dans le cadre de la PESD (concepts stratégiques militaires et
de police, GT 1500) lui permettront de s'inverstir de plus en plus
dans des opérations de maintien de la paix loin de ses
frontières.
Je sais les Européens disposés à apporter des
contributions ciblées (aide à la planification,
logistique) en fonction des besoins exprimés par les
Africains.
Nous devons les inciter à participer davantage à nos
projets communs, à commencer par RECAMP.
L'Union européenne peut également approfondir sa
relation avec l'Union Africaine, comme on le voit actuellement au
Darfour.
Conclusion
Je tiens à adresser mes sincères remerciements à
tous les représentants des Etats et des organisations
internationales qui ont apporté une contribution
concrète à la réalisation de ce cycle RECAMP 4,
notamment à l'exercice sur le terrain.
Ensemble, nous avons manifesté notre volonté d'aider
l'Afrique à progresser sur la voie de l'apparition de ses
questions de sécurité, dans un esprit de
solidarité et de coopération internationale.
Prochainement, le cycle RECAMP 5, que nous envisageons consacrer
à la Communauté économique des Etats d'Afrique
centrale, avec l'accord de cette organisation et de l'Union
Africaine, ouvrirar de nouvelles perpectives.
Il n'y aura pas de développement possible de l'Afrique sans
sécurité, comme il n'y a pas de sécurité
sans développement.
La situation sécuritaire de l'Afrique concerne les Africains.
Elle concerne aussi les Européens et le reste du monde.
En travaillant à la consolidation des capacités
africaines de maintien de la paix et de gestion des crises, nous
réunissons les conditions d'un développement durable du
continent.
Nous oeuvrons aussi à la paix et à la stabilité
de ce monde."