Cycle RECAMP IV

Exercice Benin 2004

Dernière mise à jour le 01/01/1970 à 01h00

VIP Day du jeudi 9 décembre 2004

Discours prononcé par Mme ALLIOT-MARIE, Ministre de la Défense

"Nous retrouver si nombreux aujourd'hui à Cotonou pour marquer la fin du quatrième cycle RECAMP est le meilleur témoignage de l'intérêt grandissant que suscite cette approche du maintien de la paix, que la France s'efforce de promouvoir.

Renforcer les capacités africaines de maintien de la paix, c'est permettre aux Etat africains de prendre en main les problèmes de sécurité qui les affectent t compromettent leur développement.

Est-il besoin de le rappeler, c'est malheureusement en Afrique qu'éclatent nombre des conflits qui déchirent notre monde.
C'est en Afrique que se déroule près de la moitié des opérations de maintien de la paix mises en oeuvre par la communauté internationale.

La partie du cycle RECAMP qui se déroule ici au Bénin concrétise les travaux politiques et militaires en cours depuis deux ans.
Les treize pays de la CEDEAO, dix pays non-africains, de grandes organisations internationales et plusieurs ONG ont répondu à notre appel pour travailler en commun au succès de l'exercice "BENIN 2004".

Le Bénin est un pays stable et pacifique ; son engagement très concret dans les opérations de maintien de la paix dans la sous-région et au-delà ne s'est jamais démenti.
A plus d'un titre, il disposait donc d'une légitimité particulière pour co-organiser et accueillir cet exercice. Je tiens à remercier chaleureusement les autorités béninoises de l'avoir fait.

Cette journée traduit, à mes yeux, la rencontre de deux volontés, celle des pays africains et celle de la France (1).
Elle est également une occasion de réfléchir aux moyens de concrétiser ensemble nos ambitions (2).

1. La rencontre de deux volontés :

1.1 La volonté des Africains, c'est de s'impliquer de plus en plus en faveur de la sécurité de leurs populations et de leurs territoires.

Dans le Darfour soudanais, les forces de l'Union Africaine assurent le cessez-le-feu et soutiennent le processus de paix.
En République centrafricaine, à Bangui, la force de la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale (CEMAC) est engagée en soutien du processus de paix, aux côtés du détachement français de Boali.
En Côte d'Ivoire, des contingents africains, provenant en majeure partie de la CEDEAO, sont engagés sous le béret bleu de l'ONUCI.

RECAMP a largement contribué à ces succès opérationnels.
C'est une approche "vivante", souple, qui a su évoluer avec le temps pour être approprié par les différents actreurs.
Basé sur le volontariat, chaque participant est libre de déterminer la nature de sa contribution.
On peut affirmer sans hésiter que RECAMP a permis une évolution des mentalités.

Les officiers d'états-majors ont progressé dans le travail interarmées et dans un cadre multinational.
L'interopérabilité des forces a pu être améliorée.
RECAMP a également donné à des hommes une tâche commune, leur permettant de mieux se connaître pour relever les défis de ce continent.

1.2 La volonté de la France, c'est d'appuyer son action en Afrique sur une politique de sécurité et de défense rénovée.

La politique de la France en Afrique est caractérisée par des liens historiques et culturels forts. Ils demeurent, mais nos relations ont profondément évolué.

Notre politique est aujourd'hui fondée sur des principes clairs :

Basée sur ces principes, notre politique favorise une approche globale et multilatérale.
Globale
, parce que nous estimons que toutes les questions liées à la prévention et au règlement des crises, qu'elles touchent le domaine militaire, politique, social ou économique, doivent être traitées en étroite liaison.
Multilatérale
, parce qu'il est impératif de mettre en commun les efforts et de ne pas disperser les moyens et les énergies. Nous travaillons donc au renforcement des liens entre les Etats, les sociétés civiles, les organisations régionales et internationales, les ONG, les institutions financières, etc.

Cette approche n'exclut en rien les relations bilatérales que nous entretenons avec de nombreux pays africains.
Elles sont fondamentales à la mise en oeuvre des outils de défense des Etats, qui forment les piliers des systèmes de sécurité régionaux.

2. Forts de ces volontés conjuguées, nous devons réfléchir ensemble aux moyens de concrétiser nos ambitions pour l'Afrique.

2.1 Il est nécessaire de poursuivre et d'appronfondir la démarche RECAMP.

- Dans le domaine de l'entraînement :
RECAMP 4 a permis de développer l'ensemble d'une planification d'opération de soutien de la paix, allant du niveau le plus élevé de la stratégie jusqu'au niveau tactique de l'emploi des forces.
Nos travaux doivent maintenant porter davantage sur la fonction commandement, et particulièrement sur l'intégration de l'échelon politico-militaire.

- Dans le domaine de l'équipement :
La loi de programmation militaire française 2003-2008 prévoit une valorisation des équipements des dépôts RECAMP.
Les armées africaines doivent encore poursuivre leurs efforts sur la disponibilité opérationnelle de leurs propres équipements. Leur autonomie en matière de gestion des crises en dépend.

- Dans le domaine de la formation :
C'est une composante essentielle de tous les outils de défense et un souci permanent de la France, pour ses propres armées comme pour ses partenaires.
Nous dispensons déjà des formations individuelles en Afrique et en France.
Il faut encore développer les formations collectives. C'est l'objectif de la réinstallation de l'école de maintien de la paix à Bamako, suivant le principe des écoles à vocation régionale.

2.2 L'Union européenne a un rôle déterminant à jouer dans ce partenariat renouvelé et renforcé avec l'Afrique.

L'Europe se montre de plus en plus déterminée à s'inverstir sur les questions de sécurité africaines.
- L'an passé, l'Union a mené sa première opération autonome en République démocratique du Congo.
- En janvier 2004, les Européens ont énoncé une position commune sur la prévention et la gestion des conflits en Afrique.
- Le Fonds européen de développement, conscient de l'impossibilité d'assurer le développement économique et social d'un pays instable ou en conflit, a créé une "Facilité pour la Paix", qui permettra de participer au financement d'opérations de maintien de la paix décidées par les Africains.
- Les nouveaux outils que l'Union européenne développe dans le cadre de la PESD (concepts stratégiques militaires et de police, GT 1500) lui permettront de s'inverstir de plus en plus dans des opérations de maintien de la paix loin de ses frontières.

Je sais les Européens disposés à apporter des contributions ciblées (aide à la planification, logistique) en fonction des besoins exprimés par les Africains.
Nous devons les inciter à participer davantage à nos projets communs, à commencer par RECAMP.
L'Union européenne peut également approfondir sa relation avec l'Union Africaine, comme on le voit actuellement au Darfour.

Conclusion

Je tiens à adresser mes sincères remerciements à tous les représentants des Etats et des organisations internationales qui ont apporté une contribution concrète à la réalisation de ce cycle RECAMP 4, notamment à l'exercice sur le terrain.
Ensemble, nous avons manifesté notre volonté d'aider l'Afrique à progresser sur la voie de l'apparition de ses questions de sécurité, dans un esprit de solidarité et de coopération internationale.
Prochainement, le cycle RECAMP 5, que nous envisageons consacrer à la Communauté économique des Etats d'Afrique centrale, avec l'accord de cette organisation et de l'Union Africaine, ouvrirar de nouvelles perpectives.

Il n'y aura pas de développement possible de l'Afrique sans sécurité, comme il n'y a pas de sécurité sans développement.
La situation sécuritaire de l'Afrique concerne les Africains. Elle concerne aussi les Européens et le reste du monde.
En travaillant à la consolidation des capacités africaines de maintien de la paix et de gestion des crises, nous réunissons les conditions d'un développement durable du continent.
Nous oeuvrons aussi à la paix et à la stabilité de ce monde."

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