Le scénario décrit a servi de support aux travaux de
planification politico-militaire dès le stade du
séminaire politico-militaire d'Accra. Il vise à
permettre des échanges entre hauts responsables civils et
militaires au niveau stratégique, puis une planification
multinationale et interarmées basée sur un thème
simple et réaliste mettant en jeu tous les
éléments constitutifs d'une crise moderne :
revendications territoriales, irrédentisme, querelles
d'intérêt, problème de partage des ressources,
trafics illicites, trafics d'armes, combattants irréguliers,
enfants soldats, problèmes humanitaires...
Le scénario permet le jeu, en autre, des OI / ONG en
coopération avec la force déployée.
1. Contexte général.
Trois pays d'Afrique de l'Ouest, BLEU (capitale Savalou), ORANGE (capitale Cotonou), JAUNE (capitale Porto Novo), de taille similaire, ont des structures étatiques fragiles. BLEU et JAUNE ont une population multiethnique et possèdent chacun depuis la décolonisation une partie d'une province appelée VERT (chef-lieu traditionnel Abomey). Cette région transfrontalière est peuplée d'une même minorité ethnique VERT qui a établi des solidarités de part et d'autre de la frontière et tend à mettre en place un système d'autogestion parallèle de la province. L'objectif de la minorité VERT est la recherche par tout moyen de l'autonomie vis-à-vis de BLEU et de JAUNE.
L'accession à l'indépendance des pays BLEU, ORANGE et JAUNE se fait en 1960. Suite à la découverte de ressources naturelles (pétrole) dans la région JAUNE, dans les années 70, un accord intergouvernemental entre ORANGE et JAUNE, conduit à la construction d'un oléoduc vers l'accès à la mer (ORANGE). Une nouvelle découverte de pétrole est faite au nord d'Abomey (pays BLEU) avec la construction d'un oléoduc de jonction. L'exploitation de ces sites fait venir des experts étrangers qui construisent des installations pétrolières sensibles. Ayant intérêt à mieux contrôler la zone pour exploiter ces ressources, Bleu et Jaune ont l'intention de lutter contre l'irrédentisme VERT, si nécessaire, en repoussant la minorité ethnique VERT hors de la zone. Le CICR et le HCR anticipent une crise potentielle en envoyant une délégation dans les capitales des pays BLEU et JAUNE.
ORANGE, qui a un accès moderne sur la mer, est particulièrement intéressé par ces ressources qu'il pourrait à la fois exploiter et exporter s'il en avait la propriété : il a ainsi intérêt à soutenir la minorité ethnique de VERT contre les velléités de BLEU et JAUNE. Face à l'imminence d'un conflit en région VERT, le CICR envoie une sous-délégation de la délégation du pays BLEU à Abomey ; parallèlement, le HCR ouvre également une antenne à Abomey. ORANGE, sans s'engager ouvertement dans la crise, affiche initialement des sympathies envers VERT.
2. La crise.
En juillet 2003, BLEU et JAUNE envoient leurs armées combattre
les rebelles de VERT. C'est la guerre, mais il n'y a aucune
avancée militaire décisive et pas de vainqueur probable
du fait de la faiblesse des moyens des belligérants qui sont
contraints à employer des mercenaires et même des
enfants soldats.
La population civile de VERT et des alentours se réfugie sur
le territoire d'ORANGE qui n'a pas les ressources nécessaires
pour assurer leur survie et s'en trouve par conséquent
déstabilisé : désastre humanitaire, famines et
épidémies.
3. Vers une logique de paix.
Toutes les parties à la crise ont désormais intérêt à signer un accord de paix. Une tentative de médiation de certains états membres de la CEDEAO échoue. Le conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO décide de saisir le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Le conseil de sécurité de l'ONU se réunit et vote une résolution. Parallèlement, l'UA nomme un représentant spécial chargé de suivre l'évolution de la crise. Il en est de même pour l'UE. Ce représentant spécial propose des voies d'action pour l'UE. Des ONG et des agences spécialisées des Nations Unies (HCR, HCDH, UNOCHA) se déploient en zone de crise.
4. L'accord de paix.
Le 13 novembre 2003, sous l'égide de la CEDEAO et la facilitation de l'ONU, un accord de paix entre BLEU, ORANGE, et JAUNE est signé qui prévoit entre autres :
- un cessez le feu entre les forces en présence,
- le désarmement des rebelles de VERT et des autres combattants irréguliers (troupes dissidentes radicales BLEU et JAUNE, mercenaires et autres enfants soldats),
- le déploiement en VERT d'une force de stabilisation multinationale chargée de veiller au cessez le feu et au désarmement, à la démobilisation et à la réinsertion (DDR) des combattants.
5. Le problème de la région Vert.
Dans la province VERT, le chef du parti indépendantiste refuse d'appliquer les accords de paix signés par BLEU, ORANGE et JAUNE. La branche armées s'installe dans une logique de guérilla, générant une reprise du flot de réfugiés de VERT vers ORANGE. De plus, le parti indépendantiste menace de s'en prendre aux installations pétrolières.
6. La sortie de crise.
A la demande de la CEDEAO, une nouvelle résolution du Conseil de Sécurité est adoptée le 21 mai 2004.
La mise en place de la force multinationale est confiée à la CEDEAO :
- Le 24 mai 2004 la « commission de défense et de sécurité » de la CEDEAO se réunit pour débuter la planification de l'opération. Le travail est confié à un « groupe de planification stratégique » formé d'officiers membres des pays de la CEDEAO.
- Le 07 juin 2004 la « commission de défense et de sécurité » de la CEDEAO approuve le concept d'opération stratégique ainsi produit.
- En décembre 2004, la projection et le début des opérations de la force multinationale de la CEDEAO.
L'action militaire
L'action militaire vise à protéger la population en mettant un terme aux exactions des différentes factions, à reprendre le contrôle des installations pétrolières, et partant à stabiliser dans l'urgence la région VERT pour y créer les conditions d'une sortie de crise durable.
Une sortie de crise durable
Le Conseil de Sécurité pourrait décider de créer une opération « multidimensionnelle »
- comportant une composante de « police civile »,
- déployant des observateurs militaires pour constater les éventuelles violations de CLF,
- mettant en oeuvre une assistance pour la mise en place des structures économiques nécessaires à l'exploitation pétrolière, ainsi que des structures politiques stables,
- se chargeant également de faciliter le retour des réfugiés dans leur région d'origine
L'UE s'implique politiquement et financièrement dans la gestion post-crise.
7. Mission de la force.
La force est déployée dans le but de remplir (sous chapitre VII de la charte des Nations Unies) un mandat de la communauté internationale. Elle doit être capable de sécuriser dans l'urgence une zone en crise ouverte, de contrôler un embargo, de protéger la population et les installations vitales, de faciliter le travail des OI et ONG présentes, d'amorcer la planification d'un processus de DDR (démobilisation, désarmement, reconversion) des combattants irréguliers, et de créer les conditions de sécurité permettant sa relève après quelques mois par une opération multidimensionnelle chargée de conduire une sortie de crise durable.