Discours de M. Pierre-André WILTZER, Haut Représentant pour la Sécurité et la Prévention des Conflits
C'est un réel plaisir pour moi de me trouver aujourd'hui au siège de la CEDEAO. Je tiens d'emblée à remercier le Docteur Mohamed IBN CHAMBAS, Secrétaire Exécutif, et le Général DIARRA, Secrétaire Exécutif Adjoint, de leur accueil et de leur participation.
La CEDEAO est une organisation qui a joué et continue de jouer un grand rôle en Afrique de l'Ouest, dans deux domaines majeurs :
- Les politiques de développement d'une part,
- La sécurité et le maintien de la paix d'autre part.
C'est sur ce second volet de ses compétences que porte notre
réunion d'aujourd'hui et ce sont des sujets relevant de la
sécurité et du maintien de la paix qui mobilisent tous
mes efforts, dans la nouvelle mission qui est la mienne.
Je voudrais, au début de nos travaux, exprimer la grande
estime que la France éprouve pour la CEDEAO, et pour celles et
ceux qui en ont eu ou en assument actuellement la
responsabilité. Je tiens notamment à adresser des voeux
très sincères de succès aux dirigeants de la
CEDEAO, et d'abord à son nouveau Président, élu
il y a quelques jours, le Président TANDJA du NIGER, ainsi
qu'au Docteur IBN CHAMBAS et au général DIARRA, nos
interlocuteurs toujours attentifs, actifs et amicaux.
Notre réunion à ABUJA est importante, pour deux raisons :
Première raison : Elle se situe dans le
prolongement de l'exercice de clôture de RECAMP IV,
réalisé au BENIN, il y a quelques semaines. Elle va
nous, et surtout vous permettre de tirer toutes les lecons du cycle
qui se termine.
Je ne veux pas anticiper, à cet égard, sur les
observations que vous allez présenter. Mais, d'ores et
déjà, je veux saluer le dévouement, la grande
motivation et les solides compétences manifestés par
tous les participants à l'exercice RECAMP IV. J'ai pu
moi-même mesurer ces qualités au BENIN lors de
l'exercice final.
Nous devons aussi nous réjouir de la participation active et
massive des Etats-Membres de la Région, et de l'implication de
tous les contributeurs étatiques et non étatiques,
aussi bien africains que non africains.
Je salue au passage la présence des représentants de
l'UNICEF et du Comité International de la Croix Rouge (CICR)
dans notre réunion.
Une mention particulière, parmi les Etats participants, pour
les deux « nations-hôtes » principales de cet
exercice, le GHANA et le BENIN, grâce auxquelles tous les
rendez-vous ponctuant le déroulement du cycle RECAMP ont
été tenus.
Enfin, on peut se féliciter de constater que les actions de
formations, qui constituent un volet important du concept RECAMP, ont
été organisées pour la plupart dans des centres
africains d'excellence : le Kofi Annan Center au GHANA, l'Ecole de
Maintien de la Paix au MALI. Cela a permis de développer
encore les savoir-faire spécifiques en matière de
maintien de la paix, au sein des états-majors qui sont
intervenus dans le cadre de RECAMP IV.
La seconde raison pour laquelle cette réunion
est importante, c'est que le concept RECAMP se trouve actuellement
à un tournant de son histoire - Non pas dans son inspiration
exprimée par ses initiales à savoir le Renforcement des
Capacités Africaines de Maintien de la Paix. S'il est un
objectif clairement affiché aujourd'hui par les organisations
et les responsables africains, c'est bien celui là !
Ce n'est donc pas l'inspiration de RECAMP qui est en cause, ce sont
ses modalités de mise en oeuvre qui doivent évoluer
pour tenir compte des changements intervenus dans le contexte.
Aux acteurs qui participaient déjà à ce concept,
parfois depuis sa création, il y a huit ans, à savoir
la France, un certain nombre d'Etats Africains et, à tour de
rôle, des Organisations Sous-régionales, doivent
s'ajouter désormais des acteurs nouveaux et importants,
principalement l'Union Africaine, l'Union Européenne.
Il paraît souhaitable et efficace de les associer à la
démarche RECAMP, à travers un partenariat à
définir tous ensemble.
S'agissant de l'Union Africaine, représentée ce matin
par le Colonel MBAYE, ce partenariat paraît naturel puisque
RECAMP s'inscrit très directement dans les orientations
qu'elle a définies, en particulier :
- Sa volonté, très légitime, de s'impliquer directement dans la prévention et le traitement des crises et dans les processus « post-conflits » ;
- Et plus globalement la démarche africaine d'appropriation des moyens de règlement des conflits sur le continent.
Du côté de l'Union Européenne, représentée ici par le général NAMER, Conseiller de M. Javier SOLANA, Haut Représentant de l'UE pour la Politique Etrangère et de Sécurité, chacun a observé l'intérêt croissant qu'elle porte aux questions de sécurité en Afrique, parallèlement à ses efforts en matière de développement.
J'ai pris les premiers contacts sur le principe d'une ouverture de RECAMP à des nouveaux partenariats, tant du côté de l'Union Européenne (avec M. SOLANA et son équipe, et avec la Commission Européenne) que du côté de l'Union Africaine, ici même, avec le Président Omar KONARE et avec le Commissaire Saïd DJINNIT. Ces contacts ont été très positifs. Il convient désormais d'examiner sans tarder et de façon précise quelles formes pourraient prendre les partenariats proposés. Cette démarche devra être accomplie en toute transparence et en pleine concertation entre tous les partenaires actuels de RECAMP, car il s'agit d'ajouter de la compétence et des moyens et non de substituer certains interlocuteurs à d'autres.
A cet égard, je veux être très clair : pour nous, il n'y a pas de concurrence entre l'organisation continentale qu'est l'Union Africaine et les Organisations Sous-régionales. Il y a complémentarité. Ce sera d'ailleurs aux dirigeants africains des différentes organisations concernées de préciser les modalités de cette complémentarité. J'ai eu le sentiment que tel était bien l'état d'esprit de nos interlocuteurs.
De même, il nous faudra renforcer la coordination entre les principaux pays contributeurs, pour avoir la meilleure efficacité dans la recherche collective de la sécurité et du maintien de la paix en Afrique. Il s'agit là de sujets trop sérieux pour qu'on se permette, les uns ou les autres des concurrences qui n'ont pas lieu d'être en face des défis redoutables que nous avons tous à relever.
Bref : RECAMP est un concept et un dispositif bien vivants, qui mérite de s'adapter aux évolutions concrètes que l'on observe. Au moment où des partenariats se mettent en place un peu partout, il nous faut également introduire ce partenariat dans notre dispositif, pour le rendre plus fort, plus efficace et plus durable. Cela ne donnera que plus d'intérêt et plus de poids aux leçons que vos allez maintenant dégager de l'exercice RECAMP IV et avant que ne soient définies les modalités de RECAMP V.
Je vous remercie de votre attention.